Consommer les produits locaux ou ceux provenant de l’étranger?
La question vue de différentes régions du monde

Du Japon
"C’est une question culturelle, sociale, alimentaire. Un enjeu de souveraineté et de fierté. Le Japon ne mange que du riz japonais. Il y met le prix. Aux environs de 30 millions de dollars de subventions directes chaque année. Il érige des barrières de yens autour de l’île: des tarifs douaniers dissuasifs pour tout exportateur visant le marché nippon: 490% en moyenne! Pas question pour Tokyo de modifier d’un iota sa position: les 8,7 millions de tonnes de riz consommés chaque année par les Japonais sont "made in Japan". L’OMC n’y changera rien, même si elle a "poussé" le Japon à importer 8% au minimum de sa consommation annuelle. Les livraisons sont bien effectuées, mais le riz importé est stocké environ un an avant d’être le plus souvent redistribué sous forme d’aide alimentaire, ou de servir à l’industrie de transformation (pour produire du saké par exemple). ... L’Inde, où les revenus des paysans ont baissé de 15% en dix ans, bataille en coulisse pour tenter de trouver une porte d’entrée au Pays du Soleil Levant. Mais elle se heurte à des droits d’entrée qui peuvent aller jusqu’à 2000% ! L’OMC a bien tenté d’imposer au Japon 45% de baisse des droits de douane. Refus poli du ministre de l’Agriculture, Tadamori Oshima: "Je me demande si l’adoption des mêmes règles de marché pour l’agriculture que pour l’industrie contribuera vraiment au bonheur des gens dans le monde." Les 2,9 millions d’agriculteurs japonais peuvent donc écouler sur l’île du riz coûtant cinq ou six fois le cours du prix mondial."

www.cndp.fr/tice/teledoc/dossiers/dossier_bluesjean.htm

Du Sénégal
"Des ménagères sénégalaises, surtout citadines, pensent que les légumes qui proviennent de l'extérieur sont de meilleure qualité que ceux produits au Sénégal. Par exemple le kilo de pommes de terre provenant d’Europe peut facilement coûter 300 à 250 Fr. CFA, tandis que les pommes de terre du pays coûtent 100 Fr. CFA ou même moins. Et ceci est valable aussi pour les oignons. Ce qui met le producteur sénégalais dans une situation très difficile pour affronter les problèmes de nourriture, les problèmes de santé, de scolarité et d'autres charges au sein de sa famille.
... Les problèmes affectent aussi les jeunes qui cherchent à fonder leur foyer et qui se trouvent dans l'obligation de quitter leur milieu naturel pour aller dans les grandes villes ou tenter le voyager à l'extérieur, ce qui leur coûte quelquefois la vie."

Développer l’autosuffisance africaine par MARIAM SOW (Sénégal) in Dix ans d'OMC vus du Sud. Quel commerce pour quel développement? Recueil des contributions d’ONG du Sud, Communauté de travail, Swissaid, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas, Eper, p.66

D’Europe et des USA
"L’UE (Union européenne) et les Etats-Unis imposent des tarifs quasi prohibitifs sur leurs importations. De plus, ils subventionnent leur production agricole et leurs exportations. (...) Le coût de production du sucre en Europe est plus de cinq fois supérieur à celui du Brésil (mais l’Europe est exportatrice grâce aux subventions). (...) Il faut bien entendu financer cette politique et le contribuable est taxé une seconde fois comme consommateur : nous payons par exemple le sucre environ trois fois son prix mondial."

Philippe Martin, Agriculture, les aides pipées, Libération, 11 avril 2005

Du Burkina Faso
"Ici, nous avons l'impression que le monde est dominé par des idéologues qui ne sortent pas de leur bureau. Comment mettre en concurrence l'agriculture du Nord subventionnée (et même protégée) avec celle du Sud non protégée et moins développée techniquement? C'est la liberté du renard dans le poulailler... C'est simple et difficile à la fois! Il faut faire reconnaître que la loi du marché ne peut pas régler tous les problèmes de l'humanité. Il faut reconnaître le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, à produire leurs aliments de base et donc l'essentiel de leur alimentation. Et pour cela reconnaître pour tous les pays, du Nord comme du Sud, le droit de protéger leur agriculture et leur alimentation par des taxes (variables en fonction du prix du marché mondial) à l'importation. La Suisse peut bien soutenir ses agriculteurs qui vivent dans la montagne... et les autres, tant qu'elle n'exporte pas les produits subventionnés (directement ou indirectement)."

Non à la liberté du renard dans le poulailler par MAURICE OUDET (Burkina Faso)
in Dix ans d'OMC vus du Sud. Quel commerce pour quel développement? pp. 71-72

Du Congo
"Le commerce international doit permettre de fournir à notre pays ce qui ne peut être produit localement, en particulier les équipements, et non fournir ce qui peut être produit localement comme le gros de produits agroalimentaires importés actuellement de l’Union Européenne ou des Amériques (poulets surgelés, poissons surgelés, oignons, tomates, boyaux de bovins …)."

Pour une ouverture des marchés sélective et strictement contrôlée, par SR THÉRÈSE KIKOBO NZEY
(République démocratique du Congo), in Dix ans d'OMC vus du Sud. Quel commerce pour quel développement? p. 25

De Haïti
"En 1995, le FMI a forcé Haïti à réduire ses tarifs douaniers sur le riz de 35% à 3%, entraînant une augmentation des importations de plus de 150% entre 1994 et 2003. Résultat? Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, où plus de la moitié des enfants sont mal nourris, les régions rizicoles ont aujourd’hui une des concentrations les plus élevées de malnutrition et de pauvreté."

Vittorio Filippis, Le riz subventionné étouffe le Sud, Libération, 11 avril 2005

Activités

1.

  • Lis les textes et passe au stabilo ce que tu juges important (textes en version Word ici).
  • Qui sont les acteurs qui s’expriment dans les différents textes? Note-les sur une colonne.
  • En regard de chaque acteur, résume sa position à l’aide de mots-clefs.
  • Par groupes, comparez vos travaux.
  • Que déduis-tu de ce travail?

2.

  • Quel est ton point de vue sur le sujet?
  • Faut-il toujours acheter les produits les moins chers?
  • Faut-il nécessairement acheter des produits locaux?
  • Faut-il ouvrir le marché suisse aux produits alimentaires des pays du Sud?
  • Faut-il protéger l’agriculture suisse en fermant les frontières?
  • As-tu d’autres solutions à proposer?
  • La prochaine fois que tu achètes des produits alimentaires, que vas-tu faire?

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Alcool à base de riz

400 FCFA correspondent à environ 1 Fr.

 
 
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