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Bases théoriques | Résumé
Résumé

L’exercice de la citoyenneté doit permettre à chaque personne de devenir acteur de la société. Or, être acteur exige qu’un rôle, une place et des droits soient reconnus à chacun-e. Jouer un rôle d’acteur, c’est prendre des responsabilités dans un cadre social démocratique reposant sur des valeurs et des repères partagés, compris de tous. La pratique citoyenne repose sur des espaces de participation ouverts à tous.

 

Jouer un rôle dans la société et assumer des responsabilités impliquent préalablement de construire des compétences pour comprendre les enjeux sociaux actuels. Tel est le rôle de l’éducation à la citoyenneté. Elle fournit à l’élève des moyens de se situer face à ces enjeux et d’opérer des choix.

Les enjeux de société actuels sont pour la plupart marqués par la complexité et s’inscrivent dans des interdépendances à l’échelle mondiale. Face à la mondialisation, l’éducation à la citoyenneté se doit d’élargir ses champs d’étude local, régional et national à la dimension mondiale. C’est pour répondre à cette exigence que nous mettons l’accent ici sur l’éducation à la citoyenneté mondiale.

L’éducation à la citoyenneté mondiale permet à l’élève d’acquérir des connaissances et des savoir-faire et de développer des attitudes pour :

  • analyser, sur la base d’une approche systémique, des enjeux de société actuels qui s’inscrivent dans le cadre de la mondialisation ;
  • confronter cette analyse à des valeurs personnelles ou de groupe, ainsi qu’à des valeurs universelles ;
  • prendre position et se situer face à des enjeux de société et des questions sociales vives (QSV) ayant une dimension mondiale ; opérer des choix ;
  • imaginer et mettre en œuvre des actions individuelles ou collectives.

Eduquer

Pour définir le cadre, les finalités et les objets de l’éducation, nous prenons pour base la Déclaration de la CIIP Finalités et objectifs de l’Ecole publique du 30 janvier 2003 qui est le document de référence du Plan d’études romand (PER). Cette Déclaration souligne d’emblée l’importance de l’éducation et rappelle la complémentarité entre éducation et instruction : « L’Ecole publique assume une mission globale et générale de formation qui intègre des tâches d’éducation et d’instruction… » (point 1).

Quelles valeurs ?
L’éducation, dans son lien intrinsèque avec la société, soulève des questions, des défis et des paradoxes qui portent en premier lieu sur la définition et la mise en œuvre de valeurs communes.

La question des valeurs partagées, du fonctionnement démocratique et du pouvoir citoyen prend une dimension particulièrement complexe lorsque l’éducation porte sur des thématiques mondiales. L’éducation à la citoyenneté mondiale est mise au défi de prendre en compte cette question et de lui donner une dimension éducative cohérente.

Eduquer : transmettre et construire
Toute éducation est indissociable du champ social dans lequel elle s’exerce. Elle s’inscrit donc dans la temporalité et vise une certaine stabilité de la société.  La transmission de valeurs et d’acquis sociaux est fondamentale. Elle doit cependant être associée à une ouverture sur les défis actuels et nouveaux auxquels la transmission ne saurait répondre à elle seule.

Trouver un équilibre entre le volet transmission et le volet projection dans le futur est un défi stimulant de l’éducation à la citoyenneté qui exige une approche systémique. Cette dernière est particulièrement importante lorsque les objets d’étude portent sur des enjeux mondiaux. 

Eduquer à la citoyenneté

Il n’y a pas de citoyenneté sans espaces de pratiques citoyennes dans lesquels les individus et les groupes sociaux se reconnaissent et sont reconnus. Ces espaces sont des champs de débat, de créativité, de tensions, de négociations et de recherche de consensus, de confrontations inter-individus et inter-groupes, mais également entre individus et groupes face aux institutions.

Schématiquement, l’éducation à la citoyenneté s’exerce dans trois espaces.

·  La citoyenneté à l’école

Vivre ensemble et participer à l’échelle du groupe, de la classe et de l’établissement scolaire à travers des structures participatives et la pratique du débat démocratique.

·  La citoyenneté dans le cadre local

  Connaître les institutions locales et nationales de démocratie et de citoyenneté. Se préparer à exercer les droits et les responsabilités définis dans ces cadres institutionnels.

·  La citoyenneté et les enjeux mondiaux

Vivre et agir dans une société mondialisée, caractérisée par des enjeux à l’échelle locale, nationale et mondiale.

Les enjeux mondiaux et la citoyenneté

Aujourd’hui plus que jamais, la société est confrontée à des changements rapides et à des défis qui s’inscrivent dans des systèmes complexes, à l’échelle mondiale.

Quel rôle attribuer à l’éducation à la citoyenneté dans ce cadre ?

Quelles connaissances et savoir-faire sont indispensables ?

Quelles sont les possibilités d’engagement citoyen et de prise de pouvoir ?

Nous abordons ces questions par divers éclairages complémentaires et proches : la mondialisation, les questions sociales vives (QSV), le développement durable.

Nous tenterons ensuite de montrer les contributions apportées par les disciplines et les diverses éducations à … ».

La mondialisation

La mondialisation ayant, en fin de compte, toujours des effets sur les êtres humains, ses manifestations et ses impacts doivent être analysés en regard des valeurs qui fondent les droits humains ainsi que des traités et des conventions internationaux qui en garantissent l’application : droits civils et politiques, droits économiques, sociaux et culturels ; conventions contre la torture, contre la traite humaine, pour l’abolition du travail des enfants…

Les questions sociales vives

Les questions sociales vives (QSV) offrent un fort potentiel d’éducation à la citoyenneté. Les travaux d’Alain Legardez (>) nous servent de cadre pour définir les caractéristiques des QSV et les objets d’étude qu’elles comportent.

Une QSV est un enjeu de société ; les médias en parlent, donc les élèves, les enseignant-e-s et les autres acteurs de l’école en ont une connaissance même très sommaire. Elle est controversée.

La QSV apparaît dans l’enseignement parce que présente dans les programmes ou à la suite d’un choix de l’enseignant-e. Mais elle s’impose également à l’école « de force », à travers les questionnements des élèves.

Le développement durable  

En tant qu’orientation de toute la société, le développement durable a pour objectif d’intégrer tous les acteurs, et donc également l’école. Cette dernière contribue à construire les compétences nécessaires à un développement durable.

L’école crée les conditions permettant aux élèves de comprendre l’importance et le sens de ce concept. Ils apprennent à repérer leur coresponsabilité et à élaborer les outils qui leur permettent de participer activement et de façon constructive aux processus de négociation inhérents à une société orientée vers le développement durable.

L’éducation en vue du développement durable (EDD) met en évidence les interactions sociales, les interdépendances ainsi que les possibilités d’introduire des changements.

Les « éducations à … »

Au cours de ces dernières années, les « éducation à … » se sont multipliées : environnement, santé, droits humains, citoyenneté, éducation en vue du développement durable… Si chaque « éducation à … » apporte un éclairage thématique spécifique sur un enjeu de société, les compétences développées par chacune d’elles sont proches, parfois communes.

Sans ancrage thématique spécifique, l’éducation à la citoyenneté met l’accent sur la citoyenne et le citoyen-apprenant appelé à jouer un rôle d’acteur dans différents espaces : le groupe, la commune, l’Etat, l’ONG, l’organisation internationale, ainsi qu’à l’échelle planétaire.

Eduquer à la citoyenneté mondiale

L’éducation à la citoyenneté mondiale a pour objet l’étude d’enjeux mondiaux qui ne sont pas nécessairement nouveaux, mais dont l’acuité et la complexité sont renforcées par la mondialisation et les exigences du développement durable.

Ces enjeux demandent des choix, souvent urgents, reposant sur la communauté internationale, les Etats, les entreprises, la société civile, les groupes d’intérêt et, en fin de compte, les individus. Le défi de l’éducation à la citoyenneté mondiale est de fournir aux apprenant-e-s des outils leur permettant, dans un premier temps, de comprendre partiellement des enjeux mondiaux, puis de leur montrer des possibilités d’action.

Les axes de l’éducation à la citoyenneté mondiale

Le défi de l’éducation à la citoyenneté mondiale est de fournir aux apprenant-e-s des outils leur permettant :

·  d’analyser des enjeux mondiaux, analyse qui nécessite une approche systémique susceptible d’éclairer les interdépendances ;

·  de confronter cette analyse à des valeurs personnelles, ainsi qu’aux valeurs universelles qui fondent les droits humains ;

·  de prendre position, de se situer et d’opérer des choix au sujet d’enjeux de société mondiaux ;

·  d’imaginer des actions individuelles ou collectives, et de participer à leur mise en œuvre.

L’apprenant-e sera appelé à comprendre partiellement des systèmes complexes dans lesquels s’inscrivent des enjeux mondiaux controversés tels que : la gestion des flux migratoires, la répartition des ressources naturelles, la protection de la production culturelle, l’éco-consommation ou encore les choix liés à la production d’énergie et leurs interrelations avec les changements climatiques. Ces objets d’étude mettent en évidence les acteurs, les interrelations, les marges de manœuvre et de pouvoir.

L’apprenant-e acquerra des compétences lui permettant de se situer et d’opérer des choix (aujourd’hui et demain) en tant que personne individuelle et en tant que citoyen d’un Etat. La mondialisation étant le cadre de ces enjeux, il s’agira de s’intéresser aux conséquences des choix pour soi-même, pour l’Autre proche et pour l’Autre lointain.

Le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe fournit la définition générale suivante : « L’éducation à la citoyenneté mondiale a pour but de faire prendre conscience et de renforcer la capacité citoyenne à entreprendre des actions, défendre ses droits et s’engager dans les débats politiques concernant la justice sociale et le développement durable aux niveaux local, national et international. Elle encourage les élèves et les enseignants à collaborer sur des problèmes globaux et permet aux citoyens de comprendre les réalités et autres processus complexes du monde d’aujourd’hui tout en développant des valeurs, des attitudes, des connaissances et des capacités qui leur donneront les moyens de relever les défis d’un monde interconnecté. »

Quelles compétences ?

L’analyse systémique, la référence à des valeurs, la nécessité de prendre position, la recherche de solutions novatrices exigent la construction de compétences qui font intervenir des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être.

Les compétences sont des capacités individuelles qui permettent de mettre en œuvre des connaissances, des représentations et des méthodes dans le but d’analyser des situations et d’agir de manière appropriée et responsable. Les conditions préalables sont tant la motivation individuelle que le cadre social qui permettent l’exercice de compétences.

Compétences de l’éducation à la citoyenneté mondiale

Dans le tableau ci-dessous, nous nous basons sur les cinq domaines de compétences de l’EDD pour définir les compétences spécifiques de l’éducation à la citoyenneté mondiale.

Domaines de compétences EDD   Compétences spécifiques de l’éducation à la citoyenneté mondiale
La pensée systémique   L es apprenant-e-s considèrent une problématique mondiale comme un système où chaque élément est analysé dans un contexte global, dont l’apprenant-e fait partie. Ils considèrent les intérêts des différents acteurs concernés, ici et ailleurs dans le monde.
La réflexion critique    Les apprenant-e-s sont en mesure d’analyser différents modèles d’organisation sociale, de questionner les valeurs, les représentations du monde et les intérêts divers en lien avec un enjeu mondial. Ils reconnaissent la complexité des situations, les convergences et les divergences d’intérêts.
La pensée prospective   Les apprenant-e-s étudient les causes et les effets de processus liés à la mondialisation. Ils déterminent des propositions et des visions du futur novatrices. Ils sont attentifs aux effets de leurs propositions pour les humains,   ici et ailleurs dans le monde.
La communication et le travail en équipe (participation)   Les apprenant-e-s analysent   des situations mondiales controversées en dépassant les barrières socioculturelles et les conflits d’intérêt. Ils sont capables d’expliquer leur position en argumentant.
L’identification des possibilités d’action   Les apprenant-e-s perçoivent leurs divers rôles et leur responsabilité dans des questions sociales vives liées à la mondialisation. Ils sont capables de réaliser des projets communs et de s’engager en faisant preuve de solidarité.

L’acquisition de compétences repose sur des contenus thématiques. Dans son Plan d’action 2008-2011 pour le développement durable (>) , le Conseil fédéral définit onze champs d’action. En nous appuyant sur ces derniers et en prenant en compte des éléments importants figurant dans le PER, nous définissons des domaines thématiques de l’éducation à la citoyenneté mondiale.

  • Diversité des conditions de vie, des représentations, des cultures et des religions.
  • La mondialisation et l’échange de produits.
  • Agriculture, production alimentaire, crise alimentaire, famines.
  • Santé . Accès aux soins de santé. Maladies et pandémies. Rôle des différents acteurs.
  • Education . Accès à l’éducation. Choix et priorités en matière d’éducation.
  • Ressources naturelles et énergies . Extraction / production, commerce, consommation. Ressources renouvelables / non renouvelables. Choix de politique énergétique.
  • Changements climatiques . Conséquences possibles dans diverses régions du monde.
  • Mobilité. Besoins et priorités dans différentes régions du monde. Choix individuels.
  • Manifestations de la mondialisation et ses effets dans les domaines de l’économie internationale et du travail.
  • Pauvreté. Sécurité sociale. Promotion de la paix. Conflits. Evolution démographique. Flux migratoires. Intégration des étrangères et des étrangers.
  • Démocratie. Droits humains. Gouvernance mondiale. Instances internationales et ONU.  

Le Plan d'action 2008-2011 pour le développement durable comprend au total 30 mesures relevant de 11 domaines thématiques. Il est basé sur les domaines d'intervention que l'analyse du CIDD a déterminés comme étant prioritaires, notamment :

La lutte contre le réchauffement climatique global et la maîtrise des dangers naturels.

L'augmentation de la productivité de l'économie, associée à un découplage de la consommation de ressources et d'énergie.

L'utilisation durable des ressources naturelles ainsi qu'une réduction qualitative et quantitative des atteintes à l'environnement.

La garantie d'un accès équitable aux ressources sociales et économiques et l'amélioration de l'intégration de tous les groupes de population.

L'intensification des contributions à la lutte mondiale contre la pauvreté et à la promotion de la paix.

L'évaluation et l'optimisation des projets politiques du point de vue du développement durable (EDD), le monitoring (MONET) et le controlling doivent être largement renforcés pendant la durée du plan d'action en cours

 

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