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Bases théoriques | Texte intégral - Partie 1
Eduquer

Pour définir le cadre, les finalités et les objets de l’éducation, nous prenons pour base la Déclaration de la CIIP Finalités et objectifs de l’Ecole publique du 30 janvier 2003 qui est le document de référence du Plan d’études romand (PER). Cette Déclaration souligne d’emblée l’importance de l’éducation et rappelle la complémentarité entre éducation et instruction : « L’Ecole publique assume une mission globale et générale de formation qui intègre des tâches d’éducation et d’instruction… » (point 1).

Le cadre de référence romand

L’acquisition de comportements citoyens et les connaissances y relatives, ainsi que la promotion du rôle social sont mentionnées au paragraphe des finalités et objectifs (point 1.1 g) : « L’Ecole publique (…) fonde et assure le développement de connaissances et de comportements de citoyen et d’acteur social ; impliquant l’acquisition des aptitudes et des attitudes d’action en tant qu’individu membre d’une collectivité et de citoyen (…). »

Au chapitre des missions (point 1.2), la Déclaration fait mention de valeurs et de règles visant l’intégration sociale et favorisant le rôle d’acteur social : « L’Ecole publique assume des missions d’éducation et de transmission de valeurs sociales (…) elle assure la promotion : du respect des règles de la vie en communauté ; (…) du développement du sens de la responsabilité à l’égard de soi-même, d’autrui et de l’environnement, de la solidarité, de la tolérance et de l’esprit de coopération ; (…) du développement de la faculté de discernement et d’indépendance de jugement. »

Concernant l’acquisition de compétences générales, la Déclaration mentionne (point 1.3 d) « (…) la démarche critique, qui permet de prendre du recul sur les faits et les informations tout autant que sur ses propres actions. »

S’agissant de valeurs fondamentales, il est précisé que (point 2) « l’Ecole publique assume sa mission (…) sur la base des principes suivants : le respect de la personne ; les droits et devoirs de la personne humaine ainsi que les droits de l’enfant. »

Sur la base de la Déclaration de la CIIP Finalités et objectifs de l’Ecole publique, on peut relever des lignes directrices relatives à l’éducation qui lui assurent sa légitimité.

·  Le mandat de l’Ecole publique couvre des tâches d’éducation et d’instruction.

·  L’éducation vise l’acquisition de savoirs et de savoir-faire, ainsi que le développement de savoir-être.

·  L’éducation s’inscrit dans un espace de relations entre individus ; entre individus et institutions sociales.

·  L’élève est appelé à jouer un rôle dans la société (membre de la société, citoyen, responsabilité à l’égard de…).

·   L’éducation comporte la transmission de valeurs qui recouvrent en partie celles qui fondent les droits humains. Ces valeurs sont mises en relation avec des règles de vie en communauté.

·  Les droits et les devoirs de la personne humaine ainsi que les droits de l’enfant sont mentionnés comme principes de base de l’action éducative.

·  Parmi les compétences à développer figure la réflexion critique.

Education et société, quelles valeurs ?

L’éducation, dans son lien intrinsèque avec la société, soulève des questions, des défis et des paradoxes qui portent en premier lieu sur la définition et la mise en œuvre de valeurs communes.

Généralement, le cadre de valeurs reconnu (souvent implicitement) de toute éducation est celui des droits humains. Il n’en reste pas moins que les droits humains -mentionnés par les instances de la formation, et plus ou moins mis en œuvre dans les pratiques et le fonctionnement de l’institution scolaire- sont parfois bafoués dans la société. Dès lors, comment l’école peut-elle remplir son mandat éducatif si l’élève constate que les valeurs prônées par l’école ne sont pas (ou ne sont que partiellement) appliquées dans la société ? Le décalage entre les valeurs déclarées et les valeurs appliquées dans la société, ou le décalage entre les valeurs de l’école et celles de la société rend problématique la construction de repères communs. Or, cette construction est un objectif central et un défi majeur de toute éducation. Philippe Meirieu (>) souligne les ambiguïtés et la complexité de l’éducation. Insérée dans la société, elle porte, sans surprise, les doutes et les incertitudes sociales. «  Il était plus facile d’éduquer les gens au Moyen Age, en France, quand il y avait une religion dominante qui imposait ses lois, ses règles, qu’aujourd’hui (…) où, dans nos sociétés occidentales, il n’y a plus de modèles communs sur des choses aussi élémentaires que la réussite sociale, la famille, les références au bien ou au mal ou aux valeurs traditionnelles. »

Le Syndicat des enseignants jurassiens, lors de son Congrès de 1999, met plus spécifiquement l’accent sur les contradictions entre valeurs de l’économie et valeurs de l’école : « Le monde de l'économie et la société en général valorisent plutôt l'esprit de compétition, l'individualisme, l'égoïsme et la réussite personnelle, laissant à l'écart celui qui n'arrive pas à suivre. Dans ces conditions, l'école ne peut que se trouver en porte-à-faux, du moins partiel, avec la société. Elle est au service de l'homme et n'a pas à se calquer prioritairement sur le monde de l'économie. »

Quant à François Audigier (>), il rappelle le lien entre le mandat de l’Ecole publique et le fonctionnement démocratique : « (…) mais partout l'Ecole, devenue obligatoire, a eu et a toujours pour mission première d'instruire, d'éduquer et de socialiser les personnes pour qu'elles prennent leur place dans la société à laquelle elles appartiennent. Lorsque les Etats et les sociétés étaient et sont démocratiques, la formation du citoyen était et est toujours la finalité la plus noble et la légitimation ultime. » (Texte complet).

La question des valeurs partagées, du fonctionnement démocratique et du pouvoir citoyen prend une dimension particulièrement complexe lorsque l’éducation porte sur des thématiques mondiales. L’éducation à la citoyenneté mondiale est mise au défi de prendre en compte cette question et de lui donner une dimension éducative cohérente.

Eduquer: transmettre et construire

Toute éducation est indissociable du champ social dans lequel elle s’exerce. Elle s’inscrit donc dans la temporalité et vise une certaine stabilité de la société. Comme le rappelle avec pertinence Guy Coq (>) : «Eduquer l’enfant, c’est le faire entrer dans une culture déjà là, dans une société qui précède, donc s’inscrire dans des liens qu’on n’a pas choisis (…). L’indétermination démocratique voudrait qu’on rejette la mémoire, les traditions, les héritages…». L’éducation - et l’école n’est évidemment pas le seul acteur concerné - a ici pour fonction première de transmettre un héritage et d’enseigner les principes éthiques et les cadres de droit (national et international) qui déterminent le vivre ensemble.

La transmission de valeurs et d’acquis sociaux est fondamentale. Elle doit cependant être associée à une ouverture sur les défis actuels et nouveaux auxquels la transmission ne saurait répondre à elle seule. Intervient ici un travail éducatif centré d’une part sur les acquis, d’autre part sur une ouverture aux enjeux sociaux actuels qui demande de se projeter dans le futur.

Trouver un équilibre entre le volet transmission et le volet projection dans le futur est un défi stimulant de l’éducation à la citoyenneté qui exige une approche systémique. Cette dernière est particulièrement importante lorsque les objets d’étude portent sur des enjeux mondiaux.

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